Le plan de relance socialiste fait 46 pages. Je me suis amusé à relever tous les passages où il est question d'Europe. J'ai plutôt été surpris en bien. Je ne pensais voir qu'un plan de relance national faisant de temps en temps référence à la dimension européenne de la chose.
Bien sûr, il y a de tels effets de manche. Il y a aussi des oublis, comme p. 25 sur la partie consacrée à "Promouvoir une croissance verte". Pas d'Europe dedans, ni de dimension européenne du problème. La croissance verte, cela se gagnerait-il que de manière nationale ? C'est vrai qu'en France, on nous a dit que le nuage radioactif de Tchernobyl s'était arrêté gentiment à nos frontières.
Maintenant que j'ai tapé, je vais pouvoir aussi en dire du bien sans procès d'intention. De la page 29 à la page 31, nous avons une partie consacrée à "l'Union européenne [qui] doit être au rendez-vous". Bon, il vous faut passer les paragraphes anti-sarkozistes où la présidence française du Conseil de l'Union européenne (et non "la présidence de l'Union européenne", on leur expliquera encore une fois pourquoi la prochaine fois) aurait été seulement un échec. Passons sur le côté "les gouvernements de gauche sont parfaits", pour une fois que le PS français cite en bien les Travaillistes anglais...
Une politique d'infrastructure européenne
Là, on attaque les mesures. Celle qui m'a le plus plu est la suivante : " il est urgent de créer un budget européen spécifique pour la relance, avec le concours de la Banque Européenne d’Investissement (BEI) puis par l'émission d'un emprunt européen, et de façon coordonnée avec les Etats membres.Ceci permettrait de financer les grands investissements structurants préconisés par le Manifeste du PSE : réseaux de transports plus écologiques et plus efficaces, développement des réseaux énergétiques et de télécommunications, isolation des bâtiments pour en améliorer les performances énergétiques, recherche et développement et éducation.C'est en ajoutant l'action propre de l'Union aux efforts des états membres que ces programmes d'investissement pourront relancer l'activité et permettre de fonder un modèle durable de développement de l'Europe."
Ne restons pas sur le fait que pour créer un budget européen, il faille un emprunt. Je retiens surtout que le PS propose que l'Europe soit active par le biais d'une vraie politique d'infrastructure publique européenne. Car certaines choses ne peuvent être simplement gérées "co-nationalement" par deux régions limitrophes. Voilà un domaine où l'Europe doit agir, même si cela serait au détriment des régions sur certains points.
Que le PS invente le démago européen !
Autre passage page 31 : " Car l'enjeu est bien là : sanctionner la droite en Europe, qui a échoué à faire progresser les droits sociaux dans l'Union, dont la politique a dégradé la situation économique et sociale et accentué les inégalités et qui s'avère, au bout du compte, incapable de réparer les dégâts causés par la faillite du système libéral qu'elle a prôné."
C'est démago mais ça me plaît. On sort du les Allemands ceci-, les Espagnols-cela, etc. On problématise de manière transeuropéenne. Proposez-nous un projet de société européen de gauche ! Et en plus, c'est en gras. Aurait-on compris qu'il faut politiser les élections européennes ?
C'est peut-être un effet bénéfique du Manifesto du Parti socialiste Européen. Le PS a désormais un document de référence pour dire que toutes les droites en Europe sont horribles et qu'il faut voter pour eux pour faire barrage à la droite en Europe. On a pas beaucoup de fond mais on est pas dans l'anti-sarkozisme primaire qui n'est pas de première importance quand on parle du Parlement européen.
Transformer le fonds européen d'ajustement à la mondialisation
Page 23 : à l'’échelle européenne, l’utilisation du « Fond européen d’ajustement à la mondialisation ». Créé en 2006 et doté d’un demi-milliard d’euros par an, il n’a fait l’objet d’aucune mobilisation par la France en 2008. A terme, cet outil pourrait être changé en « Fond européen de soutien aux salariés de l’industrie» (FS2I) pour mieux indemniser et aider à la reconversion des salariés del’industrie (licenciés ou au chômage partiel.
J'avais écrit en 2006 un article sur ce fonds (d'ailleurs pourquoi avoir oublié le "s" à "fonds" ?). Les Etats ne savent pas l'utiliser et demander au nom des entreprises cette aide. Autant le définir clairement à destination de l'industrie, surtout que cette année ne va pas être glorieuse en terme d'emplois...
Bonne idée qui ne coûtera pas plus d'argent que ce qui est déjà mobilisé.
Passer du plan de relance complet aux discours et aux tracts
Pas mal du tout car je m'attendais au pire. Nouveau gros bémol pour terminer : la place consacrée à la dimension européenne est quand même assez limitée en dehors du gros-oeuvre que représente la version complète du plan.
En effet, dans le discours de Martine Aubry, c'est la portion congrue qui est réservée à la dimension européenne, sauf pour la transformation du fonds européen d'ajustement à la mondialisation. Dans la version résumée du plan de relance, on ne mentionne que deux fois le mot "européen". Enfin, dans le tract, le mot europe a carrément disparu de la circulation. Tout comme pour le Manifesto...
Qui a fait cette version et le tract, l'aile gauche du PS ?
Zéro ! Tout est gâché !
L'Europe paye encore une fois les pots cassés de la communication nationale destinée au citoyen. On ne peut pas se contenter des élites pour parler d'Europe bordel !