07.12.2008
Samedi : 25 ans du prix nobel de Lech Walesa + concert de jazz + Sopot
Dernière grosse journée à Gdansk dans notre Solidarity Express : pour fêter les 25 ans du prix nobel de la Paix de Lech Walesa, "son" institut a invité le gratin des chefs d'Etats et de gouvernements d'Europe ainsi que les prix nobels de la Paix déjà cités. Inutile de dire que la sécurité était encore plus sur les dents que le jour d'avant... ce qui ne nous a pas empêché de nous retrouver nez à nez avec Adolpho Pérez Esquivel, prix nobel argentin qui est arrivé en même temps que nous aux portiques de sécurité.
Session d'ouverture
La salle était pleine à craquer au moment de l'ouverture. Le maire de Gdansk, habillé sur son 31 avec des parures sur le haut de sa veste, nous appelait à ce que chacun réalise qu'il puisse être un Lech Walesa, un peu dans la lignée de ce qu'il avait dit au petit-déjeuner à l'hôtel quelques jours avant. Quant au professeur Buzek, il s'est appuyé sur des brochures datant du prix nobel pour nous rappeler au milieu des célébrations de l'époque que "il y avait bien sûr l'espoir, mais aussi le désespoir".
Lech Walesa a fait référence à Dieu, rappelant par là que même chez les policiers, durs adversaires, on se signait au passage du Pape. "Nous savions que le Communisme était irréformable, c'est pour cela qu'à la moindre avancée nous la prenions car nous pensions que si une brique était retirée de l'édifice, ce dernier s'écroulerait par lui-même". Par la suite, il a encore lié la construction de l'Europe et la mondialisation dans le manque pour le moment de communauté de valeurs.
Donald Tusk (prononcé "Tousq"), premier ministre en exercice, a vu dans le phénomène de Solidarnosk un appel à la liberté qui n'a pas fini dans la répression car celui-ci consistait en une humanisation de la liberté. Il fit le lien avec la grande conférence sur l'environnement qui avait lieu au même moment pour affirmer que nous avons besoin de solidarité à ce sujet car "cela demande de la responsabilité face aux plus faibles et c'est bien là le rôle de l'Europe". Il finit sur un vibrant "Lech, tu seras toujours notre légende" qui a fait levé la salle et a entrainé le commentaire suivant du maître de cérémonie : "c'est bien la preuve qu'en Pologne un 1er ministre et un Président peuvent s'entendre"... Président Kaszynski, vos oreilles ont du siffler.
La première partie de la mâtinée s'est terminée avec un très bon discours de Barroso tant sur la forme que sur le fond. Je retiendrai le lien qu'il faisait à propos de ce prix nobel entre un individu et la collectivité d'individus dans le combat pour la liberté. Il a aussi développé la thématique de la Solidarité et l'Europe sous 3 aspects :
- la transmission des moyens financiers pour aider les Etats les plus démunis (via fonds structurels, FSE ou autres).
- par rapport à la postérité, comme laisser une bonne situation environnementale aux générations futures.
- la solidarité avec les pays pauvres.
Bien sûr, finir sur une phrase en polonais est parfait pour se mettre une salle dans la poche. Ce n'est pas ça qui le réconciliera avec les défenseurs du multilinguisme pour autant.
La session "prix nobel de la paix"
Après avoir remis un prix au Roi d'Arabie Saoudite, via son fils - véritable attraction par son habit typique des Cheikh, Lech Walesa a ensuite introduit la deuxième partie de la mâtinée sur la question de la paix. Il faisait un constat sur l'exemple de l'Europe qui montre qu'on peut changer sans reproduire les erreurs du XXe siècle, mais il a de suite précisé que nous devions aller plus loin que les institutions issues de ce siècle.
Les différents prix nobel de la paix (Dalaï Lama, Shirin Ebadi, Pr Mjos, Frederik de Klerk et Gorbatchov) ont ensuite échangé sur cette thémtique qu'ils connaissent bien. Il en est ressorti la proposition de l'iranienne Shirin Ebadi sur la ré-orientation de 10% du budget de chaque Etat consacré à l'armement vers l'éducation. Elle répondait ainsi à l'appel du Dalaï Lama pour le désarmement complet et le Pr Mjos qui estimait que les jeunes étaient "l'avenir du monde". De Klerk a poursuivi en estimant que "les démocraties doivent respecter les droits de l'Homme et donc le droit des minorités" pour éviter le chaos.
Seule intervention que je n'ai pas comprise : celle de Gorbatchov. Il a pratiquement fait l'apologie de Jarulzeski... Justyna, une de nos guides polonaises, m'a fait cependant remarqué que cela permettait d'équilibrer et qu'il était plutôt bien que Gorbatchov ne fasse pas comme si lui et l'URSS avait toujours été du côté de Solidarnosk. Pas faux, mais cela laisse un goût bizarre quand même.
La session "parlons de l'aventure Europe"
Cette dernière partie de la mâtinée (il est déjà 12h30...) a commencé avec l'intervention du 1er ministre hongrois Ferenc Gyurcsany. J'ai eu un sentiment bizarre parce que j'ai vu le représentant de pays faire un appel (plus que du pied) à la Pologne pour qu'elle joue le rôle de leader des PECO. Autre enseignement, l'élargissement à la Croatie lui semble un fait acquis et place la question de l'élargissement aux autres pays. Il critique enfin l'incapacité de certains pays (genre la France ?) a lâché à l'Europe plus de prérogatives pour nous représenter sur le domaine extérieur : "je suis pour qu'on fasse un pas en avant". On comprend mieux alors pourquoi sur la question de la crise financière, il appelle à avoir une réelle position commune, "sinon ce seront les Etats-Unis qui décideront pour nous" prévient-il.
Waldemar Pawlak estime quant à lui que l'Europe est suffisament riche d'expérience pour permettre de construire une gouvernance mondiale. Aleksander Kwasnievski poursuit (via Skype) en affirmant que "l'Europe est une des histoires les plus envoutantes pour donner l'espoir à l'Humanité".
Enfin, la parole a été donnée à Aleksander Milinkievitch, figure de proue de l'opposition démocratique biélorusse. Dès les premières paroles, le ton est donné : "je représente le pays qui est la dernière dictature en Europe". J'ai apprécié qu'il ne reste pas dans une figure d'opposition radicale pour reconnaître par exemple qu'il "est vrai qu'il y a des changements avec une certaine libéralisation du marché". Il place ainsi l'action de l'opposition dans un soutien à l'ouverture d'un dialogue avec l'Union européenne pour préserver l'indépendance de la Biélorussie. Car en cas de rapprochement avec la Russie, il n'est pas sûr que son pays ne devienne pas une province de plus. Il a reçu une standing ovation méritée. Il faut dire que la question biélorusse est bien plus prégnante en Pologne car nombreux sont les citoyens qui ont de la famille là-bas. Inutile de dire que les droits des minorités dont parlait Frederik de Klerk n'y sont pas respectés.
La session "Sarko show"

Depuis que je suis arrivé en Pologne, souvent, pour me faire parler de la France, la première question est "que penses-tu de Sarkozy ?"... mais la deuxième qui suit une minute après est "et Carla Bruni ?" ! J'ai pu mesurer à quel point sa liaison puis mariage avec l'ancien top model a été un grand coup médiatique au niveau international.
Peu de temps avant sa venue, en retournant près de l'entrée, la forêt de journaliste préparant leur caméra et leurs appareils photos m'ont vite fait comprendre que le président de la République française allait arriver. Mes amis polonais du voyage m'ont d'ailleurs appelé pour qu'on fasse une "manif", mais de fans. Ambiance bon enfant (mi-sérieuse/fan ; mi-délire) qui nous a fait lancer des "Sarko ! Sarko" à l'arrivée du président... et un "bonne fête Nicolas" en référence à la Saint Nicolas de ce jour. Sarkozy plutôt content s'est retourné pour nous faire signe sous les acclamations de ses fans d'un jour. En voyant cet accueil de Rock-Star par les journalistes, les Polonais ont commencé à comprendre pourquoi je leur disais que Sarkozy ne produisait que rarement un sentiment modéré : on l'aime ou on le déteste.

Sur le discours, Sarkozy a assuré, tant dans le fond que dans la forme. Sa référence à Jean Paul II et son admiration de Lech Walesa dans les 2 premières minutes de son discours lui ont mis le public dans la poche. Parlant avec peu de notes, il a fait son "français" : nous savons parfaitement parler des grands sentiments et du rôle des grands pays. D'ailleurs Sarko a mis la Pologne dans les "6 grands de l'Europe"... pour mieux rappeler ce pays à ses responsabilités. Il s'agissait d'une dédicace à Kaszinski (encore une fois) qui n'appose pas sa signature au traité de Lisbonne alors que son Parlement a voté pour. Appelant à un sentiment "fraternel", il a bien fait attention à ne pas catégoriser les Polonais à de simples "ouvriers", rappelant qu'ils étaient aussi des "chercheurs et des salariés".
Standing ovation pour finir, le temps que Lech Walesa lui fasse un petit laïus pour le remercier, a priori conquis par le discours sarkozyste.
Fin de journée : cadeau pour nos guides + concert de Jazz
Après cette journée intense (j'avoue ne pas avoir assisté à la fin des conférences...), direction une exposition pour un dîner "sur le pouce" avec une nourriture de haute qualité. Je n'ai pas pu trop y toucher. En effet, j'ai passé mon temps à réunir les autres du groupe 3 (groupe freedom ?) pour qu'on signe tous une carte de remerciements pour nos 3 guides, Justyna, Jakub et Jan. L'effet de surprise a été réussi je pense et ils nous ont chaleureusement remerciés.

Avant le concert de Jazz, direction le centre-ville pour fêter ce voyage par la bière (polonaise) de l'amitié, puis retour au Blatic Polish Philharmonic dont le décor avait changé pour laisser place à un ensemble de batterie, une contre-basse pour un trio superstar en Pologne (Mozdzer Danielsson Fresco). Il faut dire qu'ils ont un véritable plaisir à jouer ensemble et qu'ils nous le font partager. Du grand art.
Jusqu'au bout de la nuit : Sopot
Après être revenu à l'hôtel, préparation des valises pour certains, scéances d'au revoir pour d'autres. Pour moi, ce fut préparation de soirée avec Szymon qui nous a emmené découvrir la station balnéaire Sopot sur la Baltique. Mais avant de partir, j'ai pu dire au revoir aux Biélorusses rencontrés avec la collation de vodka qui va avec.
Une fois le train pris pour Sopot et les billets payés à l'arrache au contrôleur situé à l'avant du train, nous partîmes à 19 découvrir la mer Baltique et ses plages. Ce fut l'occasion de fêter dignement les 25 ans de Simon par des chansons de tous les pays sur la plage. Direction un bar dans une maison Waltdisney (cf la photo) puis séparation en deux groupes entre ceux qui sont allés en boîte et ceux qui rentraient par le train.

Ce fut la première solution pour moi. Cela m'a permis de dire adieu à nos amis lettons du groupe 3 qui prenait la navette pour l'aéroport au moment où je rentrais à 4h. J'ai ainsi aussi pu aider à descendre les valises des 2 Isabelle de notre groupe. Bouclage de valise et dodo jusqu'au réveil prévu pour 9h.

12:11 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pologne musique jazz prix nobel paix politique sarkozy dalaï lam






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