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29.03.2008

Discours de Sarkozy devant le Parlement anglais

J'ai retrouvé le discours de notre Président de la République devant le Parlement anglais sur le site de l'Elysée.
Je suis assez dubitatif, je vais reprendre ses points sur l'Europe. Il passe en effet beaucoup de temps sur le Royaume-Uni et son rapport à la France... mais c'est un peu le but de son voyage, non ?

La Nation 

"Hier condamnés par toute une école de pensée, les Nations et les États - le mot Nation ne me fait pas peur – les Nations et les États doivent trouver une réponse aux inquiétudes et aux angoisses de nos concitoyens. Le monde traverse des changements considérables et les nations ont besoin de passeurs d’une époque à une autre. Nous vivons le XXIème siècle avec les règles du XXème. C’est le rôle que doivent se fixer nos deux pays."

Je vous dirais bien qu'il ne tire pas les conséquences de ces propres propos : il devrait donc dépasser l'État-Nation dans un contexte de mondialisation. Ce n'est pas à cette échelle-là que se résoudront nos problèmes. Mais dans le cadre d'une visite d'État à État, c'est une figure imposée on va dire.

Les relations avec l'Amérique

"Si le Royaume-Uni et la France parlent d’une même voix contre le réchauffement climatique, cette voix sera entendue même par ceux qui doutent de gravité de la menace qui pèse sur notre planète. Je pense d’abord aux Etats-Unis, car pour prévenir une catastrophe écologique le monde a besoin de l’Amérique. Et qui mieux que les amis les plus sincères de l’Amérique peuvent les convaincre, lui rappeler les responsabilité s mondiales qui sont les siennes, au nom des valeurs qui nous sont communes et pour lesquelles nous avons partagé tant de sacrifices ?"

Je trouve qu'il met de côté le rôle de l'Union européenne : c'est à l'Europe d'être le partenaire et ami des USA. Là, on en est reste à une vision du Conseil de Sécurité. D'ailleurs, j'irais plus loin que lui : Si [les 27 pays de l'Union européenne] parlent d’une même voix contre le réchauffement climatique, cette voix sera entendue même par ceux qui doutent de gravité de la menace qui pèse sur notre planète.

Le choix de l'Europe

"L’Union européenne - je veux le dire parce que c’est ma conviction la plus profonde - est notre oeuvre commune à vous et à nous. C’est une oeuvre de paix, c’est une oeuvre de démocratie et de prospérité. C’est une aventure sans précédent dans l’histoire de l’humanité, sans précédent après des siècles de guerres, de morts et de souffrances auxquelles l’Angleterre et la France ont pris une si grande part. Les peuples d’Europe ont décidé souverainement – sans que personne ne les y oblige, seules leur raison et leur intelligence – de bâtir ensemble leur avenir."

Les Allemands apprécieront. .. les autres pays aussi. Le reste, il a raison. 

Europe et United Kingdom 

"Je suis venu vous dire, chers amis britanniques, que l’Europe a besoin du Royaume-Uni et j’ai une certaine crédibilité à le dire car, mes amis britanniques le savent, j’ai toujours pensé cela depuis bien longtemps : nous ne pouvons pas construire une Europe prospère, démocratique, efficace, sans le Royaume-Uni. Et j’ai la faiblesse de penser que, quelles que soient les convictions, que je respecte, que le Royaume-Uni, comme la France, nous avons besoin de l’Europe. Qui peut penser que l’Europe serait plus forte sans le dynamisme britannique ? Qui peut penser que le Royaume-Uni aurait plus d’influence dans le monde s’il revenait au splendide isolement ? Qui peut penser que les défis qui se posent à nos nations aujourd’hui pourraient être mieux résolus dans un cadre strictement national ?"
Alors je vais aller encore plus loin, nul ne demande au Royaume-Uni de renoncer aux liens si fraternels et si profonds qui l’unissent depuis trois siècles à l’Amérique, nul ne demande au Royaume-Uni d’abandonner les relations si particulières qu’il entretient avec le Commonwealth.
Ce serait vous demander de renoncer à être vous-mêmes. Ce serait stupide car ce serait surtout priver l’Europe de ce que le Royaume-Uni peut lui apporter de plus précieux : cette ouverture au monde, ce rayonnement exceptionnel, cette culture de la diversité dont l’Europe a besoin. Nous avons besoin en Europe des Britanniques, des vrais Britanniques, pas de Britanniques différents. Et la position de l’Europe dans le monde ne tient pas seulement au nombre de ses habitants et à la quantité de ses ressources. Cela tient à notre capacité à rayonner sur tous les continents. Et je l’ai dit pour les britanniques, mais je le dis pour la France. Que serait l’Europe sans les liens de la France avec la Francophonie ? Que serait l’Europe sans les liens l’Espagne avec le monde hispanique ? Que serait l’Europe sans les liens du Portugal avec la lusophonie, et bien sûr du Royaume-Uni avec le monde
anglo-saxon ? Il n’y a pas de contradiction. L’Europe doit se construire sur des nations qui n’ont pas peur de défendre leur identité.
Mais nos vieilles nations européennes ne peuvent espérer jouer un rôle qui soit digne d’elles que si elles décident d’agir ensemble.
L’Europe est ce que nos nations ont construit de plus remarquable au cours du demi-siècle écoulé.
Nos deux pays veulent une Europe respectueuse des identités nationales. Je n’ai pas eu peur pendant ma campagne électorale de dire que l’identité n’était pas une pathologie. D’ailleurs, à ceux qui plaident pour la diversité j’aimerais qu’ils m’expliquent ce qu’il adviendrait de la diversité si on supprimait les identités. Pour qu’il y ait de la diversité, faut-il encore qu’on ait respecté les identités.
Nous voulons une Europe qui refuse la tentation bureaucratique, qui ne cherche pas à imposer les mêmes normes partout.Nous voulons une Europe qui soit capable d’agir. Mes chers amis britanniques, si nous voulons changer l’Europe, et nous le voulons, nous les Français, alors nous avons besoin de vous à l’intérieur de l’Europe, pas à l’extérieur, car qui peut espérer peser sur l’évolution de l’Europe s’il se met à l’extérieur de l’Europe alors que l’Europe a besoin que, de l’intérieur, on la change. Voilà le message que les Français m’ont demandé de porter, eux qui ont voté à 55% non lors d’un consultation.
Trop longtemps, nous les Européens, c’est vrai nous avons fait des erreurs, nous avons consacré notre énergie à des débats institutionnels qui nous divisaient au lieu de nous réunir, et qui ennuyaient profondément nos peuples et, il faut bien le dire, nous-mêmes. Alors, le Traité de Lisbonne est imparfait mais il met fin, pour longtemps à ces affrontements du passé. Et maintenant il nous faut consacrer notre énergie à des projets concrets : la lutte contre le changement climatique, l’énergie, l’immigration, le développement, la sécurité, la défense. Sur ces sujets, qui seront au coeur de la Présidence française à partir du 1er juillet, le Royaume-Uni et la France doivent agir dans la même direction."

  • Premier et deuxième passage en gras, il dit clairement l'enjeu de la construction communautaire dans un contexte mondialisé.
  • Troisième passage en gras, n'importe quoi ! L'Europe serait-elle un monstre qui légifère sur tout ? Et d'ailleurs, dans l'Europe actuelle, qui décide si ce ne sont les États ? Sympa de la part d'un Etat comme le notre qui a plus de fonctionnaires à la Mairie de Paris que la Commission à Bruxelles ! C'est une parole facile qui joue sur les peurs des citoyens...
  • 4ème passage en gras, tant que les Etats ne transfert pas le pouvoir au Parlement européen, cela ne changera pas ! Surtout qu'au final, même un traité censé être simplifié fait 259 pages... Mais pour les projets qu'il énonce, il faut des institutions qui marchent et qui ne soient pas le fruit de marchandages.

Dossiers de la Présidence française

- "Et qu’il me soit permis de prendre quelques exemples. Le Royaume-Uni, cher Gordon BROWN, veut une Europe exemplaire dans la lutte contre le changement climatique et dans la protection de l’environnement. La France le veut aussi. L’avenir de
la planète dépend de notre réponse à nous Européens. A nous d’entraîner tous les autres, les Etats-Unis, la Chine, l’Inde. A nous d’inventer une croissance nouvelle, forte et durable. Et l’Europe a un rôle essentiel à jouer pour parvenir à un accord universel qui succédera au protocole de Kyoto. Mais pour être crédible, l’Europe doit montrer, l’exemple, doit montrer le chemin, et qui peut convaincre l’Europe d’aller dans ce chemin ? Le Royaume-Uni et la France."

C'est bien de mettre l'Europe comme porte-parole.

- "Le Royaume-Uni veut une Europe qui soit capable de maîtriser l’immigration. Et je crois avoir bien travaillé avec nos amis anglais sur la question de l’immigration et de Sangatte. Mais la France le veut aussi. Il serait totalement illusoire de croire que nous pouvons avoir encore 27 politiques nationales de l’immigration, à l’heure du grand marché européen. La France et le Royaume-Uni le savent bien, nous avons développé une coopération bilatérale exemplaire. Je considère essentiel que nous nous dotions d’un pacte européen de l’immigration. Comment pouvez-vous résoudre les problème d’immigration qui sont les vôtres si la France ne résout pas les siens ? Et comment la France pourrait-elle résoudre les siens si, entre le Royaume-Uni et la France, il n’y a pas une même volonté politique ? Et à quoi servirait pour nous qui sommes dans l’espace Schengen d’avoir fait l’espace Schengen et de ne pas en tirer les conclusions en terme d’immigration commune ? "

Mouais, mais faut-il pour cela passer dans le dos du Parlement européen ?

-"Je sais bien que le Royaume-Uni veut que la politique agricole soit réformée. La France y est prête. Une première étape sera franchie d’ici la fin de l’année. Je souhaite qu’elle soit l’occasion d’un débat apaisé, constructif, qui permette de nous réunir autour de quelques grands principes : la sécurité sanitaire, que vont manger demain les consommateurs britanniques, les consommateurs français, les consommateurs européens, si on continue à importer dans n’importe qu’elle condition, des produits dont on ne sait pas s’ils répondent aux conditions sanitaires que sont en droit d’exiger nos consommateurs ? Je suis sûr que, sur la qualité des produits, la protection du consommateur, la sécurité sanitaire, on peut en parler, on peut trouver un chemin commun. Bien sûr, il y aura des débats financiers, on les aura, mais parlons-en."

Il change par rapport à son discours au salon de l'Agriculture. Les conseillers de Michel Barnier ont dû lui dire qu'il ne pourrait pas changer de fond en comble la PAC comme il l'annonçait. Par exemple, sur la part dans le budget européen de la PAC, ce n'est pas possible de changer quoique ce soit. 


L'Europe et l'OTAN

"La France et le Royaume-Uni font face ensemble aux défis de la paix dans le monde. Nous sommes engagés ensemble dans les Balkans, Nous sommes engagés ensemble en Afghanistan. La France et le Royaume-Uni, à nous deux, nous représentons les deux tiers de l’effort de défense de nos 25 partenaires européens et le double de leurs efforts de recherche. Alors je vous en prie, laissons de coté les querelles théoriques, j’allais dire théologique sur l’Alliance Atlantique et l’Europe de la défense.
Notre intérêt, et celui de nos alliés, est de renforcer les deux en développant, en Europe, les moyens militaires indispensables à notre sécurité dans le monde actuel. On dit que le Royaume-Uni et la France ont des conceptions opposées de l’Europe et que
l’affrontement entre nos deux pays est une donnée structurelle de la construction européenne. Je ne suis pas d’accord, je pense profondément que nous pouvons là aussi nous allier. Je crois à la nécessité de l’OTAN. Je l’ai dit dans ma campagne électorale. Je crois à l’amitié historique avec les Etats-Unis d’Amérique et personne ne me fera renoncer à cette conviction. Et, dans le même temps, je pense que si l’Europe veut être digne de ce nom, elle doit être capable d’assurer sa sécurité. Elle ne peut pas simplement être capable d’assurer sa prospérité."

Il place clairement la défense européenne dans le cadre de l'OTAN. Je pense qu'il a tort, mais cela correspond à un consensus avec les pays de l'Est à mon avis.

 


Amitié franco-allemande

 

"Bien sûr, pour nous Français, l’amitié franco-allemande, c’est la base de la réconciliation européenne. Mais je suis convaincu que dans l’Europe d’aujourd’hui, le moteur franco-allemand est indispensable. Mais il n’est pas suffisant. Et pour rassembler les 27 nous avons besoin d’abord de cette nouvelle entente franco-britannique."

Je trouve bizarre cette manière de fonctionner : on fait de la France le pivot du dialogue au sein de l'Europe, mais on sépare nos partenaires ? Il serait plus logique de dire si Sarkozy veut allier le Royaume-Uni au couple franco-allemand de dire que les sommets seront désormais tri-partites. Je ne suis pas sûr que nos amis germaniques apprécient plus que cela... malgré les déclarations le lendemain de notre Président.

Commentaires

Britannique le parlement, pas qu'anglais (les Ecossais, Gallois, Irlandais du Nord - minus les MPs de Sinn Fein - siegeant aussi a la Chambre des Communes et a la Chambre des Lords).

Sur l'OTAN, je ne serais pas aussi catégorique. L'interdépendence actuelle (cf Berlin +) entre l'OTAN et l'UE pour les missions de Petersberg doit etre renforcée si l'on veut que ces missions soient menées efficacement. Renforcer l'OTAN ne veut pas dire automatiquement affaiblir la PESD. Nous sommes dans un monde interdépendant, ce serait un peu dommage de se priver des ressources apportées par les Américains, en particulier en matiere de renseignement, pour les missions de Petersberg. Developper une PESD indépendante de l'OTAN pose beaucoup de problemes. Pas vraiment avec les pays de l'Est qui sont contents de participer aux deux (et refusent de choisir entre les deux) mais surtout avec les pays non-alignés qui ne veulent pas d'une imposition d'un mecanisme automatique de défense (genre Article V.) La solution résiderait dans la creation d'un groupe noyau mais cela poserait d'autres problemes encore plus complexes (relation entre les divers noyaux, compétences et puis ces memes Etats non-alignés ne veulent pas en entendre parler...) Et puis apres tout, on ne sait pas ce que Sarkozy propose. Il veut relancer la PESD, c'est une excellente idée mais comme le dit Brown: "voyons ce que Sarkozy propose d'abord." Pour l'instant on ne sait pas.

Ecrit par : Thomas | 30.03.2008

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